Un peu d’histoire

Ce christianisme de langue et de culture syriaque va connaître une histoire exceptionnelle notamment du 2ème au 13 siècle et se développa jusqu’en Inde et en Chine. En raison des aléas historiques et des divisons sur des points de doctrines plusieurs Eglises de langue syriaques virent le jour et existent toujours aujourd’hui au Proche-Orient et en diaspora dans plusieurs pays occidentaux.

L’Iran d’aujourd’hui est l’héritier de l’ancienne Perse mentionnée dans plusieurs livres bibliques. Le christianisme des premiers siècles s’est répandu très rapidement en Syrie, en Mésopotamie et en Perse au-delà des frontières orientales de l’empire romain. Les communautés chrétiennes de ces régions se sont principalement exprimées dans une langue sémitique héritière de l’araméen : le syriaque.

A l’est du Tigre se développa « l’Eglise de l’Est » dite aussi « l’Eglise de Perse » et qui fut souvent qualifiée de « nestorienne » dans le contexte des désaccords doctrinaux avec les autres Eglises.

A l’époque moderne l’appellation courante de cette Eglise orientale autrefois présente principalement en Turquie, Syrie, Irak et Iran devint « l’Eglise Assyrienne ». La branche de cette Eglise qui s’est rattachée à l’Eglise catholique romaine est dénommée « chaldéenne ».

La langue syriaque et les traditions religieuses proches sont constitutifs de l’identité des « assyro-chaldéens » et les distinguent ainsi d’autres populations. Ils ont par ailleurs été également victimes du génocide perpétré en 1915 par l’empire ottoman contre ses populations chrétiennes.

Pour en savoir davantage sur l’histoire et la diversité du christianisme syriaque nous vous recommandons l’ouvrage suivant, magnifiquement illustré : « Le monde syriaque. Sur les routes d’un christianisme ignoré », de Françoise Briquel Chatonnet et Muriel Debié, Les Belles Lettres, 2017.

A côté de ce christianisme assyrien présent dans quelques régions de l’Iran moderne, une autre tradition chrétienne, de langue et de culture arménienne, y existe depuis des siècles. L’Arménie fut en effet souvent un enjeu de conflit entre l’empire turc ottoman et la Perse, ce qui entraîna des déplacements de population comme au début du XVIIème siècle ou après le génocide de 1915.

Le protestantisme en Iran

Au XIXème siècle l’Iran est un champ de mission pour catholiques, orthodoxes russes et protestants (notamment des américains de tradition presbytérienne). Des arméniens et des assyriens choisissent de devenir protestants. Des musulmans se convertissent également. Avec le temps les communautés s’organisent et sous l’impulsion des américains le Synode d’Iran voit le jour.

Le Synode regroupe les différentes communautés issues de la mission presbytérienne même si elles gardent leurs propres spécificités culturelles avec des cultes et rencontres en arménien, assyrien ou farsi (le persan) selon les lieux et les personnes.

Il y a plusieurs paroisses et lieux d’Eglise à Téhéran, la capitale, et dans plusieurs villes du Nord-Ouest du pays, par exemple à Ourmia.

Le Synode a son siège à Téhéran. Il est un des 6 partenaires du Fellowship de l’ACO, il est membre du Conseil œcuménique des Eglises, du Conseil des Eglises du Moyen-Orient ainsi que de la Communion des Eglises Evangéliques du Moyen Orient (Fellowship of Middle East Evangelical Churches / FMEEC)

A la sortie du culte

La situation religieuse

Depuis 1979 l’Iran est connu pour son régime politico-religieux où les institutions républicaines sont placées sous le contrôle d’une théocratie musulmane chiite. A côté de cet islam officiel certaines minorités religieuses, notamment chrétiennes, sont reconnues tout en étant sévèrement encadrées alors que d’autres sont tout à fait interdites.

Le Synode d’Iran, en tant qu’institution légale, n’est plus reconnu depuis une dizaine d’années mais les communautés protestantes qui le composent sont tolérées. Tout témoignage de foi est cependant interdit envers des non-chrétiens et l’accusation de prosélytisme mène en prison. Les cultes en farsi sont à ce jour quasiment interdits et il y a de fortes pressions pour isoler les différentes communautés du Synode et les diviser.

Il est important de mentionner que d’autres Eglises évangéliques protestantes (Assemblées de Dieu) et que des « groupes de maisons » sont interdits par l’Etat alors qu’il y aurait un nombre important de personnes qui se convertiraient clandestinement. Il existe en effet de nombreux programmes d’évangélisation via des programmes de télévision. Par ailleurs le caractère obligé du « chiisme d’Etat » éloigne une part non négligeable de la population de l’Islam officiel et ouvre un intérêt notamment pour le protestantisme : une certaine proximité spirituelle favoriserait cette attraction !

Il est intéressant de notre que les personnes de culture arménienne et assyro-chaldéennes sont reconnues par l’Etat comme des minorités ethniques disposant de quelques députés au Parlement. Les Eglises de rite oriental, arménienne et assyrienne, ont de fait une meilleure reconnaissance officielle tout en étant cantonnées à un cadre rigide (office en langue liturgique, interdiction d’évangéliser…).

La vie du Synode d’Iran

A côté de la situation religieuse qui les placent dans un cadre de minorité étroitement surveillée, les communautés protestantes partagent nombre d’épreuves avec leurs concitoyens par le passé (guerre Iran-Irak dans les années 80) comme aujourd’hui où les sanctions internationales et les tensions avec les USA mettent à bas l’économie et durcit le régime.

Malgré ces difficultés, les paroisses du Synode sont actives : cultes, école du dimanche, catéchisme, groupe de jeunes, groupe de femmes, animation musicale, action diaconale, formation théologique, manifestations culturelles. Les paroisses protestantes arméniennes de Téhéran gèrent également une école, ce qui leur permet aussi de transmettre leur culture.

L’ACO soutient cette vie paroissiale et communautaire : pour en savoir davantage il est possible de nous inviter pour une animation missionnaire lors d’un culte ou d’une rencontre d’Eglise.

L’ACO est également en lien avec le SECID (The Synod of Evangelical Church of Iran in Diaspora) récemment crée pour être la voix du Synode d’Iran à l’extérieur du pays.

Face à la pandémie du Covid-19

Les communautés ont fait le choix, dès la mi-mars, d’arrêter la vie paroissiale classique pour s’investir sur des outils numériques afin de maintenir le lien et de partager très régulièrement des temps de culte, de musique et de prière.

A ce jour (juin 2020) l’Iran reste un des pays les plus touchés dans la région et il semble que les contaminations repartent à la hausse.

Le pays a été rapidement un des foyers d’infection majeur après la Chine et a mis du temps à prendre la mesure de la menace sanitaire. En raison de la situation économique difficile, liée aux sanctions américaines, il n’a pas non plus été possible de mettre en place un confinement strict qui aurait arrêté complètement le fonctionnement du pays : beaucoup de choses sont laissées à l’appréciation des institutions et des individus. Pour beaucoup de personnes modestes, sans protection sociale et qui doivent travailler au jour le jour pour subvenir aux besoins de leurs familles, il est impossible d’envisager un confinement…

Nos frères et sœurs d’Iran nous demandent d’être à leur côté et de les porter dans la prière ainsi que leur pays durement touché par cette situation de crise.