Cet article est paru dans le numéro de mars 2026 de « Hier et Aujourd’hui », journal de l’amicale des pasteurs retraités. Nous le publions sur notre site avec l’aimable autorisation du pasteur Didier Crouzet.

Je m’appelle Yacoub Michel Sabbagh et je suis originaire de la ville de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. Depuis 2013, je suis pasteur de l’Église réformée (presbytérienne) du village de Fairouzeh où je me suis installé avec ma famille (je suis marié et nous avons deux jeunes enfants). A la demande de Mathieu Busch je suis heureux de partager avec vous un peu de notre réalité : votre intérêt est une preuve de votre amour pour nous et de votre préoccupation pour notre situation en Syrie.

Fairouzeh est un village entièrement chrétien situé à cinq kilomètres à l’est de la ville de Homs. A l’origine le village comptait un millier d’habitants mais déjà avant le début de la guerre près de trois mille personnes supplémentaires s’y étaient installées. Lorsque le conflit a éclaté en Syrie, Fairouzeh a accueilli environ sept mille chrétiens déplacés provenant de divers quartiers de Homs et d’Alep. Ils y ont trouvé un refuge sûr et un environnement spirituel qui comprend des églises de plusieurs confessions. Certains sont retournés chez eux après 2015, mais la majorité est restée en raison de la présence d’écoles pour tous les niveaux d’enseignement et d’une clinique active et fonctionnelle.

Le ministère de notre église s’étend à tous les habitants du village. Beaucoup participent au culte du dimanche et à la réunion de prière des femmes. Nous accordons une attention particulière aux enfants et aux jeunes qui souhaitent suivre nos activités : il y en a environ 150 qui ont l’âge d’aller à l’école primaire, 70 collégiens, 40 lycéens et une trentaine d’étudiants. Ils sont issus de diverses dénominations et nous les accompagnons dans leur cheminement de foi dans un esprit œcuménique.

Diaconie et arts

Nous fournissons diverses formes d’aide dans la mesure de nos ressources : paniers alimentaires, couvertures pour l’hiver, aide financière et médicale, vêtements d’occasion. Je propose personnellement des cours particuliers gratuits d’anglais ainsi que des cours de guitare et d’oud. Notre village aime profondément la musique et les arts. C’est pourquoi j’organise régulièrement des soirées musicales où nous apprenons aux enfants à chanter et à jouer de différents instruments de musique. Nous organisons aussi de petites expositions d’art dans la salle paroissiale. Nous sommes très fiers du dévouement de nos trois conseillers presbytéraux et de nos seize bénévoles : ils m’aident vraiment à faire la différence.

Un jour, un des pères qui s’était engagé à assister aux réunions de prière avec ses enfants m’a dit qu’ils commençaient à chanter des cantiques plutôt que d’autres chansons. Chaque soir ils préféraient demander à leur mère des histoires tirées de la Bible illustrée plutôt que des contes comme Cendrillon !

Un contexte difficile

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont de taille. De nombreux habitants souffrent de la pauvreté et ont du mal à accéder aux soins médicaux. Je n’oublierai jamais le moment où, à la pharmacie, une femme âgée a demandé au pharmacien si elle pouvait prendre ses médicaments contre l’hypertension seulement deux fois par semaine. Une autre fois, un père m’a dit qu’il avait réalisé que les médicaments contre le rhume et les infections pulmonaires coûtaient moins cher que l’achat de fuel pour le chauffage. Il fit donc le choix de passer l’hiver sans chauffage.

Beaucoup de produits de base, comme le pain et le combustible pour le chauffage, sont hors de prix en raison de la situation économique désastreuse et de l’inflation. A l’église, nous avons du mal à fournir le carburant nécessaire au fonctionnement du générateur qui nous permet d’assurer nos rencontres comme nous le souhaitons. L’hiver est rigoureux à Fairouzeh et nous accueillons beaucoup d’enfants et de personnes âgées.  Nous avons étudié un petit projet visant à installer des panneaux solaires mais pour l’instant les contraintes techniques et le coût ne nous permettent pas de le mettre en œuvre.

Espérance

Nous envisageons l’avenir avec une espérance tempéré par de la prudence. Nous avons pris conscience que nous ne souffrons pas seulement des effets des guerres qui ont marqué la Syrie, mais aussi du fait que notre pays se trouve au cœur d’une région instable où les puissances régionales s’affrontent et négocient souvent à notre détriment. Pourtant, nous croyons, comme l’enseigne l’Écriture, que le Seigneur qui a initié en nous toute œuvre bonne les mènera à leur terme, selon sa volonté. En tant qu’Église réformée, notre aspiration est de contribuer à changer les choses au sein de notre communauté, en portant la lumière de la gloire de l’Évangile du Christ.

                                                                                                   Yacoub Sabbagh

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                L’ACO soutient deux actions menées à Fairouzeh et à Homs en 2026.

A Fairouzeh, le pasteur Yacoub Sabbagh et son équipe accueillent chaque semaine environ 180 enfants âgés de 6 à 12 ans pour des rencontres et des activités de l’école du dimanche. Beaucoup de ces enfants proviennent de familles démunies et déplacées par la guerre. Elles sont chrétiennes de différentes confessions et elles trouvent, au sein de la paroisse protestante, un lieu sûr et épanouissant pour leurs enfants. Les animateurs et animatrices de la paroisse leur proposent activités catéchétiques et ludiques, moments de partage et accompagnement psychosocial. Il se trouve que la paroisse vient de recevoir en legs une maison avec de beaux espaces et une grande cour intérieure. Elle a décidé de rénover ce bâtiment pour un faire un centre d’activité jeunesse afin de pouvoir mieux accueillir les enfants. L’ACO s’est engagée à financer cette rénovation.

               

Le second projet se situe à Homs mais concerne aussi la population de Fairouzeh. Il s’agit d’un programme d’entraide qui permet aux personnes vulnérables, chrétiennes ou musulmanes, de financer l’achat des médicaments dont elles ont besoins. Ces derniers sont devenus hors de prix pour une grande majorité de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. Sous la supervision d’une médecin pédiatre, membre de la paroisse de Homs, une petite équipe vérifie les demandes sur la base des prescriptions médicales. Elle s’assure que les médicaments achetés iront bien aux soins des personnes concernées et non à l’alimentation du trafic qui s’est malheureusement développé en raison de la pauvreté et des pénuries. L’ACO participe au financement de ce programme qui se veut aussi un signe concret de l’espérance de l’Evangile selon les mots du pasteur de Homs, Adon Naaman.

                                                                                              Mathieu Busch

                                                                                              Pasteur et directeur de l’ACO