Cet article a été premièrement publié dans le numéro d’avril 2025 de la revue « l’église missionnaire », quelques mois après la chute du régime Assad (décembre 2024) et l’établissement du nouveau pouvoir actuel en Syrie.

Le pasteur Bchara Moussa Oghli m’a confié qu’il avait réfléchi à toutes sortes de scénarios quant à l’évolution de son pays, la Syrie, mais que jamais il n’aurait imaginé que le régime de Bachar el-Assad puisse s’effondrer en quelques jours et avec si peu de violence. L’offensive expresse menée par le groupe islamiste HTC débuta à Alep qui fut rapidement prise. Ce fut une surprise générale mais bien sûr le pasteur Bchara est resté fidèle à son poste, avec son épouse Houri, comme lors de toutes ces années de guerre depuis 2011. Après le séisme de février 2023 qui a fortement touché Alep, voici donc qu’un séisme politique bouleverse le pays, apportant beaucoup d’incertitudes mais aussi l’espoir d’un changement pour bâtir une Syrie nouvelle.

Le pasteur Bchara est responsable de « l’Eglise du Christ », un centre diaconal qui accueille à Alep les plus vulnérables pour leur proposer des soins médicaux, des aides pour financer des soins, des besoins matériels ou des bourses scolaires. « L’Eglise du Christ », sans être une paroisse, propose aussi des temps de culte et de partage biblique. Le pasteur Bchara aime à rappeler qu’il place son ministère dans la continuité des missionnaires de l’ACO qui avaient construit ce centre pour venir en aide aux Arméniens rescapés du génocide de 1915.

Il conçoit son ministère avant tout comme un accueil inconditionnel qui offre, à toute personne cherchant du soutien, un temps d’écoute les prenant vraiment en considération. Chacun est invité à partager son histoire de vie dans la confidentialité pour que la demande d’aide, quelque fois gênée ou honteuse, devienne au contraire un moment de fraternité et de sincérité, vécu dans la discrétion.

« Ceux qui s’adressent à nous ne viennent pas seulement pour l’argent mais aussi pour l’attention que nous leur portons, et cela fait une grande différence, loin du business humanitaire. »

Bchara Moussa Oghli, pasteur de l’Eglise du Christ

J’ai encore eu le privilège de visiter « l’Eglise du Christ » en avril 2024 et cet accueil authentique se ressent dans l’esprit de la maison.

Le cabinet médical de la clinique de « l’Eglise du Christ » permet d’établir un premier diagnostic et, si besoin, de recommander les patients à des spécialistes travaillant dans d’autres cliniques. La clinique propose également d’excellents soins dentaires qui se sont révélés d’une grande importance durant le siège d’Alep alors que les rebelles islamistes de l’époque avaient coupé l’eau courante. « L’Eglise du Christ » avait pu poursuivre son action médicale en recourant à un ancien puits redécouvert dans la cour.

Aujourd’hui les défis restent nombreux. Le nouveau régime respecte pour l’instant les minorités religieuses mais la situation économique et sociale du pays reste très critique. L’inflation bat de nouveaux records et, s’il y a moins de pénuries, personne n’a assez d’argent pour subvenir à ses besoins. Les fonctionnaires ne sont pas payés et la criminalité se développe. Les forces de police liées à l’ancien régime ont été congédiées et le pouvoir actuel n’a pas assez d’hommes pour les remplacer. Si les médias relatent les relations diplomatiques qui s’établissent entre le nouveau régime d’Al-Charaa et les grands acteurs de la communauté internationale, pour l’instant la réalité du plus grand nombre reste de l’ordre de la survie au jour le jour.

L’engagement de l’équipe de « l’Eglise du Christ » et du pasteur Bchara reste donc crucial. Notre soutien permet de les encourager à persévérer dans cette mission vécue dans l’esprit de l’Evangile.

                                                                                                                                        Mathieu Busch, pasteur et directeur de l’ACO

Lucie, secrétaire médicale à l’Eglise du Christ.