La pandémie du coronavirus vient malheureusement ajouter une épreuve supplémentaire aux populations du Moyen-Orient dont les pays connaissent des situations de crise importantes qui affectent l’ensemble de leurs sociétés. Guerre en Syrie, crise économique et politique majeure au Liban, tensions internationales et embargo économique en Iran.

La pandémie du coronavirus vient malheureusement ajouter une épreuve supplémentaire aux populations du Moyen-Orient dont les pays connaissent des situations de crise importantes qui affectent l’ensemble de leurs sociétés. Guerre en Syrie, crise économique et politique majeure au Liban, tensions internationales et embargo économique en Iran. 

Pour ces diverses raisons, dans ces trois pays, la précarité touche énormément de monde. Les systèmes de santé ne pourront vraisemblablement pas faire face à la pandémie ni prendre en charge les plus démunis si elle prend des proportions semblables à nos pays d’Europe de l’Ouest. La dimension autoritaire des régimes et des forces en présence ajoute à la complexité et à la confusion, ce qui fait craindre des mesures inadéquates et une communication tronquée.

            Dans ces contextes très difficiles les Eglises et les œuvres protestantes membres de l’ACO Fellowship, notre structure internationale, font tout pour continuer leurs missions au mieux et de manière responsable. Plus que jamais nos frères et sœurs ont besoin de notre soutien spirituel, par la prière, et de notre aide financière.

Voici quelques nouvelles, pays par pays, reçues ces derniers jours : 

IRAN

            L’Iran fait face à la crise du coronavirus depuis déjà deux mois et est rapidement devenu un foyer majeur de l’épidémie. L’ampleur des personnes atteintes et des décès est sans doute sous-estimée. Les mesures prises sont encore partielles et parfois contradictoires, l’économie déjà très affaiblie ne pouvant supporter un arrêt total alors que l’embargo pèse sur tous les secteurs y compris celui de la santé…

La vie quotidienne est de plus en plus paralysée alors que commence les congés du Nouvel An persan (fête de Norouz). Les écoles et universités sont fermées. Les cultes et activités religieuses sont réduites ou arrêtées dans les églises et mosquées.

Les paroisses protestantes ont cessé toute rencontre au moins jusqu’à Pâques. Une chaîne de prière a été créée via la messagerie WhatsApp et chaque soir, à 21h, il y a un temps de partage spécial avec envoi de versets et de messages : « Dieu a promis de pourvoir aux fleurs des champs et aux oiseaux du ciel, il prendra aussi soin de nous » (Matthieu 6, 25-34) affirme un responsable d’une des communautés.

            Plusieurs cas de personnes atteintes du virus sont connus au sein de la communauté chrétienne de Téhéran, des personnes âgées mais aussi des jeunes. Il n’y a cependant a priori pas de décès à ce jour chez les chrétiens de la capitale.

            L’IRAK, pays voisin de l’Iran, est également dans l’inquiétude. Le pays connaît une crise politique majeure avec une contestation forte et des violences et son économie est très fragile malgré les richesses pétrolières. Par ailleurs, habituellement, le pays est beaucoup visité par les pèlerins chiite iraniens qui se rendent dans les villes saintes de Nadjaf et Kerbala : ces derniers ont sans doute contribué à la diffusion de l’épidémie. Fin février la frontière terrestre avec l’Iran a été fermée et depuis quelques jours le pays s’enferme plus largement (couvre-feu, arrêt des liaisons aériennes). Les écoles et les universités qui étaient pour une part déjà fermées en raison des troubles le sont maintenant complètement. Le nombre de cas de coronavirus est reconnu comme sous-évalué tant les structures de soin ne sont pas capables d’être performantes. 

            A Bagdad les rassemblements sont donc interdits. La paroisse protestante arménienne que nous soutenons est obligée d’arrêter temporairement ses activités d’aide aux enfants orphelins nécessiteux (plus de 300 enfants étaient suivis avant la crise politique, puis seulement 80 en raison de l’insécurité…). L’aide aux familles essaye de se poursuivre différemment.

LIBAN

            Après avoir pris des mesures de plus en plus restrictives, le Liban a fait le choix d’un confinement total depuis quelques jours, similaire à celui de notre pays, qui est respectée par la population. La situation sanitaire semble bien suivie mais là aussi les structures de soin sont limitées, notamment pour les plus modestes. L’inquiétude est en outre redoublée par la situation économique et financière du pays qui était déjà quasiment effondrée avant l’apparition de la maladie et qui maintenant s’enfonce encore davantage.

            Les cultes et les activité d’Eglise de nos partenaires, l’Union (Union des Eglises Evangéliques Arméniennes du Proche-Orient) et le Synode Arabe (Synode Evangélique National de Syrie et du Liban) sont suspendues. Comme chez nous des solutions de liens à distance se mettent en place pour maintenir le contact et la solidarité entres les paroissiens grâces aux réseaux sociaux et outils informatiques. Des cultes sont enregistrés et diffusés par vidéos ou sur les ondes radio et les pasteurs restent joignables. Les bureaux des Eglises sont réduits au minimum, en termes d’équipes et d’horaires, et se concentrent sur les questions urgentes.

            Les nombreux établissements scolaires de nos partenaires sont bien sûr fermés. Des outils d’enseignement à distance se mettent en place mais tous les élèves n’ont pas les moyens de le suivre en raison de la précarité de leur famille qui n’ont pas les équipements informatiques nécessaires. En raison de l’aggravation de la situation économique une partie des élèves et des étudiants avaient d’ailleurs dû quitter le système scolaire lors du premier semestre 2019-2020…

            La faculté de théologie protestante de Beyrouth (la NEST) est fermée depuis une semaine. Une partie des étudiant réside toujours sur place durant le confinement et l’ensemble du bâtiment a été désinfecté. L’enseignement à distance « online » essaye de se mettre en place. Le président de la faculté, le professeur G. Sabra, décrit Beyrouth comme une ville fantôme qui lui rappelle l’époque de la guerre civile à l’exception près qu’il n’y pas d’hommes armés qui se combattent dans les rues !

            Les préoccupations de nos partenaires sont grandes en ce qui concerne les libanais les plus pauvres et les populations les plus fragiles, parmi elles les réfugiés syriens dans les quartiers défavorisés et les camps. Ces libanais et syriens sont encore plus exposés que les autres en raison de leurs conditions de vie et de leurs moyens très faibles dans le contexte d’une économie générale défaillante aux conséquences désastreuses. Les prix des produits de première nécessité ont augmenté de 40 à 50% ces dernier mois et des banques sont menacées de faillite (fuite des capitaux, dévaluation de la livre libanaise etc.). Ceux qui le peuvent s’achètent des masques, des produits désinfectants et des lotions antiseptiques, quitte à grever encore davantage leur budget.

            Face à ces nombreux défis le travail social lié aux œuvres et Eglises protestantes continue : aide au logement (loyer, désinfection, contrôle de l’évacuation des ordures), distribution de repas chauds augmentée, dons de médicaments, soutien spirituel, volonté des jeunes d’aider les sans-abris…Les service médicaux-sociaux s’adaptent en travaillant avec des équipes réduites.

            Le centre d’action social de l’Union (SAC), dans la ville de Burj Hammoud (banlieue de Beyrouth), a arrêté certaines de ses activités, notamment celles destinées aux enfants, mais se concentre sur les services suivants : 

  • assurer les médicaments et les assistances d’hospitalisation urgentes, surtout des personnes âgées dépendantes
  • travailler de près avec les pasteurs pour la détection des nouveaux besoins
  • distribuer judicieusement les donations désignées pour des fins précises, s’il y a lieu
  • prêter toujours une oreille attentive pour être à l’écoute des situations des personnes

Grâce aux moyens de communication modernes les assistantes sociales et les bénévoles du SAC se consultent pour analyser les besoins émergents et mettre sur pieds les programmes correspondants. Plusieurs domaines évoluent rapidement sous l’effet du confinement : l’aide alimentaire en nature, l’aide financière pour les besoins de consommation courante (eau, électricité…), la distribution de repas pour ceux qui ne peuvent plus sortir, cuisiner ou aller dans une association d’aide alimentaire.

Le CAHL, maison de retraite arménienne pour personnes âgées modestes et souvent dépendantes, située également à Burj Hammoud, doit faire face à l’augmentation du coût de la vie en imaginant des solutions toujours plus compliquées pour y arriver. A cela il faut ajouter le coût des mesures sanitaires supplémentaires engendrées par l’épidémie du coronavirus (achat d’équipement et de produits). Les visites des familles sont interdites mais bien sûr le personnel poursuit le travail avec assiduité.

SYRIE

            À la suite des récents accords turco-russes la guerre qui faisait rage dans la poche d’Idleb, située au Nord-Ouest du pays, a baissé d’intensité mais des combats se poursuivent quotidiennement, éloignés de notre attention médiatique. Il est évidemment inutile de souligner l’état catastrophique dans lequel se trouve le pays où par ailleurs des milices iraniennes, qui combattent aux côtés des russes et du régime officiel, vont et viennent, diffusant potentiellement l’épidémie. Des pèlerins chiite iraniens continuent également de se rendre à Damas pour y visiter un lieu saint.

            Officiellement le régime syrien atteste qu’il n’y a aucun cas détecté de la maladie mais cela est peu probable. Des mesures de précaution sont cependant prises : fermeture des écoles et universités, des restaurants, arrêt des grandes prières publiques du vendredi et des rassemblements importants dans les mosquées. Plusieurs Eglises ont suspendus leurs cultes dominicaux mais pas encore toutes. 

Nos Eglises partenaires en Syrie (L’Union et le Synode Arabe) ont émis des consignes très claires et responsables appelant à l’arrêt des activités non essentielles. Ben sûr l’aide d’urgence consacrées aux personnes défavorisées et déplacées par le conflit se poursuit. Les services sociaux aident non seulement pour l’alimentaire, les médicaments ou le logement mais maintenant également pour les produits désinfectants.

Beaucoup de monde choisit de s’imposer un confinement à la maison mais ce n’est pas généralisé. Les conditions sanitaires et économiques dégradées du pays sont une inquiétude sans compter la zone d’Idleb où les personnes qui ont fui les combats de ces dernières semaines se trouvent sur les routes ou dans des camps de fortune.

***

Merci de porter toutes ces situations dans vos pensées et prières.

Merci d’être en communion de solidarité et d’espérance avec nos frères et sœurs en Christ du Moyen-Orient au sein de cette nouvelle épreuve, ainsi que nous y appelle Anie Boudjikanian, libanaise, engagée depuis toujours sur le terrain de l’entraide :

« Alors que le mot d’ordre actuel est celui d’éviter tout contact affectueux : caresse, accolade, poignée de mains, pourrions-nous, chacun dans notre coin, saisir le véritable sens de notre fraternité humaine tout au long de ce Carême 2020, persuadés que celui qui a vaincu la mort, nous permettra de dépasser les craintes qui nous paralysent dans notre démarche vers autrui. »