Mme Anie Boudjikanian, membre engagée de l’ACO Fellowship au Liban, elle-même touchée par le souffle de l’explosion dans son appartement, témoigne des commémorations qui se sont tenues le mercredi 4 août 2021. Elle nous partage aussi sa foi et son espérance.

Chers amis,

“Beirut, the City of Life”, (« Beyrouth, la Ville de la Vie »),  est la devise choisie pour commémorer le premier anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020.

Le gouvernement a pris des mesures pour limiter les activités et tous types de rassemblements politiques au centre ville. La circulation était interdite, mais il y a eu du trafic non-stop toute la journée.

Dans la matinée, un rassemblement de prières très impressionnant s’est tenu à la chapelle de l’hôpital orthodoxe grec Saint-Georges, avec la participation de Mgr Elias Audi, métropolite de Beyrouth, et d’un groupe de médecins, d’infirmières et d’artistes.Trois hôpitaux ont été très sévèrement endommagés lors de l’explosion, tant du point de vue des bâtiments que des personnels.

A 17h00 une messe en plein air organisée par l’Évêché maronite de Beyrouth en coopération avec d’autres autorités ecclésiastiques s’est déroulée au Port de Beyrouth. Les parents des victimes ont été admis à l’intérieur du port (600) et 5000 chaises étaient positionnées sur l’autoroute voisine.  Les familles avaient reçu un permis spécial et portaient une rose blanche et une photo de la victime.  

Les personnes endeuillées réclament justice. Ils en ont assez de voir leurs enfants mourir et d’autres essayer de quitter le pays sans lui donner l’immense potentiel qu’ils pourraient lui apporter.

Aucun organisme gouvernemental n’a jamais fait référence à cet événement épouvantable. Certains se croyaient victimes de plusieurs années d’irresponsabilité, tandis que d’autres souffraient volontairement d’amnésie…

Les Libanais sont très éloquents et créatifs dans de telles circonstances : poésie, chorales et solos, rencontres spéciales entre chrétiens et musulmans, communiqués très bien exprimés etc.

La messe était précédée de prières musulmanes.

Cinq avions de l’armée libanaise et trois hélicoptères sillonnaient le ciel pendant que les noms des 207 morts étaient lus par ordre alphabétique. Des objets très symboliques représentant les différentes catégories de victimes étaient déposés à l’autel.

Je voudrais poursuivre et exprimer quelques sentiments plus personnels. Aujourd’hui, un an après l’explosion, innombrables sont ceux qui vont célébrer le premier anniversaire de leur survie ou de leur re-naissance ! On entend tellement d’histoires déchirantes de survie, d’assistance mutuelle, les histoires de toutes ces personnes qui ne peuvent encore sécher leurs larmes ou n’ont personne pour se souvenir d’eux !

C’est aussi aujourd’hui un jour pour remercier tous ceux qui ont aidé et soutenu les blessés, les morts, les déplacés : les solides gaillards de la Défense Civile, les équipes de premiers secours de la Croix-Rouge et de nombreux volontaires anonymes, que ce soit en transportant les blessés du 10e ou 5e étage en empruntant des escaliers sombres et bringuebalants, ou en convainquant une personne âgée d’abandonner son appartement pour aller vers l’inconnu. Ou encore en l’absence d’ambulances, puisque celles-ci n’avaient pas pu atteindre les rues intérieures pleines de décombres, ceux, à moto, qui ont conduit les blessés aux urgences des hôpitaux à 10 ou 15 km.

Malheureusement, la situation économique et politique générale qui s’ajoute par ailleurs à la menace sans précédent de la Covid-19 n’aide pas les Libanais à penser au lendemain, à un avenir proche ou à long terme. La survie, aujourd’hui, semble donner le droit de faire n’importe quoi pour accumuler un maximum de « richesses ».

Pendant la guerre de 15 ans au Liban, les Libanais ont compris qu’une telle mentalité peut facilement se transmettre de génération en génération.

Cependant, malgré les sentiments peu confortables exprimés ci-dessus, Dieu nous a accordé, à nous, membres vulnérables de Son Corps, 365 jours supplémentaires, avec de nouvelles occasions d’aimer, de servir et de témoigner. Nous n’avons pas encore de réponse à nos nombreuses questions, mais nous sommes convaincus que « Dieu tient le monde entier dans sa main » et nous permettra jour après jour de découvrir ses plans pour ce pays bien-aimé et ses habitants si admirables à tous les niveaux.

« Seigneur fais de nous les instruments de Ta Paix » maintenant que nous célébrons le miracle du renouveau de notre existence.

Anie Boudjikanian

Beyrouth, le 4 août 2021